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L'exception française ou la mutualisation de l'échec

Sans doute avez-vous déjà maintes fois été informés de (pour ne pas dire conformés à) la notion d’exception française. Mais quelle est donc cette entité philosophique qui nous met au-dessus du reste du monde, « terrain macabre des exactions du complot américano-capitaliste » ? Ou plutôt, de notre point de vue, quelle est cette idéologie destructrice qui a permis à un pays autrefois riche (la France) de reculer au dernier rang européen, qui permet à une minorité de syndicalistes extrémistes de censurer le pouvoir démocratique, ou encore qui légitime les détournements et injustices en « acquis sociaux » ?

« Tout est acquis, rien ne se mérite »

Le principe de mutualisation de l’échec est simple : brimer les bons pour rattraper les mauvais, figer la vie dans une gelée marxiste pour préserver les acquis. Mais comprenez bien ce que nous désignons par mauvais : nous ne parlons bien évidemment pas de ceux qui n’ont pas eu de chance ou n’ont pas eu les moyens, nous parlons de ceux qui ont délibérément choisi de pourrir la vie des honnêtes gens, ceux qui ont délibérément choisi, tels des parasites, de vivre aux dépens d’un hôte qu’ils tuent à petit feu. D’aucun diront que cette « médiocratie » est un choix de société opposé au libéralisme sauvage. Nous répondrons qu’il n’existe de choix que mutuellement consenti, et que la dictature des minorités n’est jamais un choix.

L’Exception par l’exemple : champions du monde !

Salaires bas

Évidemment, les salaires sont assez élevés en France. Mais pour qui ? Pourquoi un jeune ingénieur, avocat ou médecin gagne-t-il moins, à travail très supérieur, qu’un employé d’EDF ? Tout simplement parce qu’en France il est impossible de récompenser les méritants. Puisque l’exception française refuse de sanctionner les mauvais, elle se prive de récompenser les bons. Exemple : vous employez un ouvrier modèle, vous souhaitez l’augmenter pour le récompenser de son travail. Si vous le faites, votre augmentation sera irréversible, même si son comportement change du tout au tout ; de plus ses collègues syndicalistes vous accuseront de les brimer. Conclusion : vous ne l’augmentez pas. Il en résulte qu’en France, à qualification égale, seule l’ancienneté détermine le salaire, aussi injuste cela soit-il.

Promotions impossibles

Toujours dans cet esprit d’immuabilité, l’ascenseur social est en panne. On citera pour simple exemple de ces quelques ouvriers de la RATP qui ont travaillé dur pour devenir ingénieurs et qui, une fois à leur nouveau poste, subissent les menaces de mort et autres sabotages de véhicules de leurs petits camarades syndicalistes. Inutile de rappeler que, pour un individu tire-au-flanc et violent, le syndicalisme lui promet l’impunité, un statut douillet et permanent. En France, l’ascenseur social, tant défendu par les libéraux, effraie. On lui préfère la lutte des classes. Au lieu de permettre au fils d’ouvrier de devenir patron, on préfère qu’il reste ouvrier mais persécute les patrons. Étrangement, les enfants d’enseignants, pourtant souvent promoteurs de la lutte des classes, seraient les seuls autorisés à réussir.

Chômage endémique

Pourquoi les patrons n’embauchent-ils pas ? Parce qu’ils ne peuvent pas licencier.
Exemple : vous avez besoin d’aide pour faire face à une augmentation d’activité. Vous souhaiteriez embaucher mais savez que cette embauche sera irréversible : en cas de baisse d’activité, vous risquez la faillite. Conclusion : vous n’embauchez pas.

Recherche asphyxiée

Tout crédit de recherche est considéré comme acquis. Ainsi, dans certaines sciences humaines par exemple, on pérennise certains laboratoires qui, loin de faire de la recherche au service de la collectivité, perdent leur temps et notre argent à essayer de démontrer le bien-fondé d’idéologies passéistes et meurtrières. Dans le même temps, des postes de Professeur (en statistiques par exemple) sont supprimés faute de candidats ! Un jeune chercheur aussi prometteur soit-il n’aura jamais sa chance car les crédits sont bloqués par ses aînés, sans obligation de résultat. Preuve que le problème n’est pas la quantité de moyens, mais l’immuabilité de leur répartition.

Le libéralisme : « rien n’est acquis, tout se mérite »

Il est très à la mode de critiquer les États-Unis. Loin de faire un éloge sans discernement de ce pays, on ne peut s’empêcher de s’y comparer sur ces exemples :

  • les salaires, notamment des ouvriers, sont plus élevés, tout simplement parce qu’ils sont payés au rendement et par conséquent, travaillent plus. Un ouvrier est plus facilement augmenté dans la mesure où l’augmentation est potentiellement réversible, et où un collègue moins méritant sera traité différemment.
  • L’ascenseur social est la règle. Si les méritants peuvent monter, c’est parce que d’autres peuvent descendre, au prorata de leur mérite.
  • Le chômage est nettement plus faible : il est aussi facile d’embaucher que de licencier.
  • La recherche reste la référence mondiale simplement parce que tout jeune chercheur a sa chance et sera jugé sur ses résultats à 2 ans. Qui accepte le risque d’échouer prend aussi la chance de réussir.

Alors, que choisir ?

Pour nous le choix est simple, nous avons choisi la liberté de faire nos preuves, le droit d’avoir ce que nous méritons, et le devoir de mériter ce que nous avons.


Emmanuel Chazard
Le Beffroi Libéré n°1, le 9 mai 2004

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